Surgie fine, droite et fière d'une lagune indigo en gésine
Depuis des siècles, des aubes pourpres, des crépuscules
De tes canaux étroits, immobiles qui reflètent incrédules
Le souvenir des lueurs sanglantes, sataniques, assassines
Qui incendiaient jadis les pupilles des Doges en péril
Venise de rêve, de masques, de passions, de déchirures
De tes festins antiques et baroques à tes amours clandestines
Tu triches avec le temps, avec la mer qui impitoyablement te mine...

Aussi, les siècles passants, n’ont pas encore brisé ta splendeur, richesse des rois
Tu es le chaud crépuscule d’un passé qui agonise sous ses costumes d’illusion
Tes gondoliers sont vieux et fourbus d’une  vie clapotante et sans joie
Mais j’ai encore besoin de tes canaux, de tes gondoles pour l’amour sans raison
Pour celle qui hantera toujours  mes nuits humides, de l’intérieur de ses remparts impénétrables
Pour revivre encore une fois les liaisons dangereuses de tes courtisanes insatiables
Pour m’agenouiller devant l’autel de la princesse et lui tendre son calice-poison
Pour hurler sous les douves sombres, les appels implorants des amants moribonds…


© Marie Lanson & Zorg - 2005
VENISE MON AMOUR