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Fuyez, fuyez donc pauvres inconscients !!, ils approchent...,le Gueux et sa louve… !
Par la grande magie !…
Si par malheur vous croisez leur cortège funèbre, ..
tout est fini…
Ils vous emmènent pour l’éternité dans leurs ténèbres !

Dans les labyrinthes du temps…,
Revenir un instant sur leurs traces
Et traverser les couloirs scintillants
Ils se croisent.., celui qui passe, celle qui glace,
Tous deux perdus dans les tourments.

Sentir  parfois leur effluve en semence
Tenter un coup d’œil furtif, nausées en méfiance…
Et cet imaginaire rabougri au creux des mains
Serrer…, serrer encore l’affreux lutin…

Enfin, enfin.. la petite chose s’éparpille en sang sali le long de mes  doigts, elle s’encre- dégouline, s’insinue sous mes ongles acérés qui crissent soudain sur le papier, dessinant les mots et les vibrations multicolores du chagrin, oui…, du chagrin …

C’était un homme des lointaines terres de l’Ouest, venu vivre à Hydebourg  dans la région des lacs, un minuscule hameau accroché au versant sud de nos montagnes. Il vivait d’un art secret…,  il pouvait pénétrer et intervenir dans les rêves des bonnes gens qui le souhaitaient.
Oh mais c’est rigolo ça… !, certes !,  au début beaucoup de curieux étaient venus tester, et puis les semaines passant, cela s’est... comme qui dirait clairsemé.. Les gens ne dormaient guère plus,  tellement ils étaient horrifiés de devoir partager leurs songes avec cet étranger, cet homme venu d’on ne sait où…, qui met mal à l’aise, ce…, cet espèce de…, oui c’est ça…. …gueux, t’as raison, j’allais le dire…

Les jours s’écoulaient pourtant de manière paisible à Hydebourg. A noter cependant que l’homme de l’Ouest partageait désormais sa cabane avec une jeune femme aux longs cheveux noirs, aux grands yeux sombres teintés d’étrangeté et de douceur . Nul ne l’avait vue venir, faisait-elle partie à ce point du paysage.. !!??, je m’interroge…
On pouvait les croiser assez fréquemment sur les sentiers cueillir des baies sauvages, des champignons ou ramasser des châtaignes, ils se tenaient par la main…, peu de mots, les regards suffisaient pour ces deux-là, partageaient-ils les mêmes rêves ?… sûrement…, ils semblaient pourtant si différents, elle,  sauvage sur les chemins de nulle part avec son cheval intrépide, lui, fébrile devant ses creusets, ses fioles et ses ustensiles bizarres. Mais quand le soir, elle rentrait éreintée et fourbue de ses diableries équestres, le feu crépitait bien fort dans la cheminée, la table était servie, les chandelles allumées,… et il n’y avait plus qu’à surprendre l’éclat de leur premier regard pour comprendre…

Un après-midi pluvieux d’automne, Ils reçurent la visite du bien nommé Sieur Herald , maire du village, celui-ci, assez gêné de se trouver là, bafouillait à mi-voix, se retournant fréquemment l’œil inquiet comme s’il eut été entouré par une cour d’espions.
Enfin bref, voilà…dit-il, mon fils a besoin de votre aide car il est victime d’un cauchemar immonde qui le fait hurler et le tient éveillé toutes les nuits, depuis des mois, il est exténué, il se meurt…, je vous en supplie, sauvez-le…, ce que vous voudrez…, tout ce que vous voudrez… pitié, c’est mon fils…
L’homme et sa femme échangèrent un long regard, et puis enfin l’homme de l’Ouest déclara : « Il m’est pénible de quitter ma compagne et ma maison en ce moment, car nous devons sans cesse combler de pierres le fossé qui borde le mur de soutènement nord-ouest à cause des pluies diluviennes et des inondations de ces dernières semaines, je suis désolé…, je n’ai pas le choix… »
« Si fait, si fait », reprit Sieur Herald …,  « sitôt parvenu chez nous, je fais dépêcher trois gars pour vous remplacer ici, et vous y faire du bien solide vous verrez…. »
L’homme de l’Ouest souriant alors à sa femme  : « d’accord, pas une minute à perdre donc… » avant d’attraper son bâton de marche, et d’inviter le maire à le suivre au dehors…

Parfois le destin est farceur…, parfois il est terrible…

A travers les voiles ondulants du baldaquin se devine un visage d‘une extrême pâleur, les yeux rougis cernés de noir, le jeune homme est amaigri et haletant, il serre dans sa main celle du charlatan que son père a été cherché on ne sait où…, la nuit est très noire, un vrai cul de l’enfer.., Il y a longtemps que toute la maisonnée s’est endormie écrasée par les doutes et la peur…, « comment t’appelles-tu mon garçon ? » … « Louis.. monsieur », répond l’adolescent blafard
« Et bien mon P’tit Louis… il va falloir être courageux, il va falloir que tu t’endormes… ».



A suivre…
LE GUEUX ET SA LOUVE  (2)