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Les labyrinthes du temps…,
Dans les couloirs inconnus, le feu…, la glace
Ils se chevauchent.., celui qui passe, celle qui lasse,
L’inaltérable, l’exquise, tous deux perdus dans les tourments.

Sentir  parfois leur déchirure en démence
Vomir leurs filets d’évidence…

Tracer de sa plume, les images de là-bas, transes endiablées,
Renifler les émotions, sentir frémir l’imaginaire
Le contempler se débattre en vain sous des doigts sans pitié,
Le serrer encore..,
Jusqu’à faire gicler des souvenirs encrés sur le parchemin serpentaire
Serrer…, encore…

Sentir  parfois leur déchirure en démence
Vomir leurs filets d’évidence…

Serrer…, serrer encore…

Et…, enfin !…,  au détour d’un soubresaut neuronal
Ils apparaissent …d’une démarche étrange et spectrale
Sortis de nulle part, venant de sentiers inavouables que tous réprouvent.

Fuyez, fuyez donc pauvres inconscients !!, ils approchent..., le Gueux et sa louve… !

C’était il y a bien longtemps, au temps où l’on prenait encore le temps d’avoir peur, bien au chaud, près du feu crépitant, vous vous souvenez.. ?, celui qui jetait à coup sûr mille et mille reflets d’avenir sur les parois humides des taudis…
Il était bien là, lui aussi, l’infâme crasseux couché à même le sol, enroulé dans ses peaux de bêtes. Hum,  grogner de plaisir, les  reins tendus vers les flammes…
Ce n’est qu’une fois  accoutumé à la pénombre et  aux danses incessantes des lueurs sous les plafonds écorchés, que l’on devinait une forme immobile, près de l’entrée, une énorme masse plus noire que l’ébène, …plus profonde que le silence, une chose jamais vue, jamais imaginée même. Une louve ça ??, non mais non, tu rigoles… un truc immonde oui…, un truc qui vous glace le sang dès que tu t’aperçois de la grosseur de sa tête et surtout des longs couteaux blancs acérés qui viennent de briller d’un éclat dévastateur, là… juste à l’instant, t’as pas vu ??!..
On  a tous peur de l’étrange, de l’insolite, de l’inconnu, c’est exactement cela, une espèce de couple bizarre dont on ne discerne plus trop les contours tellement « il et elle » semblent  pénétrer de la même fatalité, infamie peut-être, malédiction …faut voir…
Ce fut le cas pour le Gueux et sa louve, c’est ainsi qu’on les appelait à l’époque, je sais même pas si elle avait un nom, on l’entendait parfois dire « ma louve » quand il s’adressait à elle, c’est tout. On ne savait pas trop d’où ils venaient, ni d’où ils étaient, on ne les rencontrait que rarement en fait, mais leur seule présence en ces lieux avait fini par faire jaser de plus en plus, si bien qu’au bout de quelques années, mille faits troublants leurs étaient dévolus, ils étaient craints et respectés…
Quoique pour le respect cela  n’a pas été difficile. Un soir d’octobre, je me rappelle, la nuit tombait, on était tous à la taverne du père Roland  en train d’arroser les quarante ans du p’tit Louis. Soudain un bon dieu de coup de vent s’est levé et avec fracas, a grand ouvert la porte d’entrée en chêne massif.
On a tous sursauté une fois…, et puis une deuxième fois quand on a pris conscience que le gueux se tenait dans l’embrasure de la porte et enfin une troisième quand P’tit Louis s’est fracassé la tête en tombant sur le sol empierré, les mains crispées sur son cœur et les yeux révulsés vers la porte d’entrée…
Le gueux à dit : « Bon  anniversaire…P’tit Louis !. », on pouvait entendre au dehors  les hurlements inhumains de la louve déchirer les ténèbres tombantes. Nous étions tous paralysés de terreur et ce n’est qu’après que de longues secondes ne se soient écoulées après le départ du Gueux que nous nous précipitâmes sur le pauvre moribond.
Alors le respect…, on connaît…, la crainte c’est pas difficile à comprendre…
On a jamais su qui ?, pourquoi ?, comment ?, bien sûr, coïncidences, bénéfice du doute, etc., mais….,enfin…, sait-on jamais.., tu comprends ces choses là, toi….
On a accordé bien d’autres étrangetés à ces deux là…., même des horreurs sans nom, où la louve aux abords des cimetières, dévorait les nourrissons impurs, aux âmes noires, où le gueux  noyait leur mère…,
Et puis …et puis ..les temps nouveaux sont arrivés, les loups ont déserté les territoires, les villes ont poussé comme des champignons viraux, les citoyens élèvent des monuments à l’éphémère, et la mémoire des hommes se meurt dans la RAM de leurs ordinateurs…

Sentir, sentir  encore leur déchirure en démenceVomir leurs filets d’évidence…
Serrer…, encore…
Les labyrinthes du temps…, des millions de futurs maladifs
Je m’approche de l’enfant et de son bocal amniotico-éducatif Ses yeux perlés sont perdus dans les immensités, rien à faire….Je suis sale, crasseux,  je pue, … mécaniquement je me dirige vers la porte que j’ouvre…La nuit est propice…, avec délectation je sens sur mon ventre les halètements brûlants  de ma louve…
M’en reviens vers le sarcophage de verre, je scrute encore son visage serein une dernière fois…Avant qu’il ne devienne soudainement crispé par la terreur, les yeux révulsés, les mains tétanisées sur la poitrine au moment  où je lui dis : « bon anniversaire, Pt’tit Louis.. !! ».

Fuyez, fuyez donc pauvres inconscients !!, ils approchent..., le gueux et sa louve… !




A suivre…
LE GUEUX ET SA LOUVE  (1)